es soirées rassemblant les gays ayant des rapports sexuels non protégés devraient être interdites. C’est l’opinion exprimée dans un livre intitulé « Je lust of je leven » (« Ton envie ou ta vie »), publié le 24 février dernier à Amsterdam. L’auteur est le journaliste Tim Dekkers. La polémique enfle donc peu de temps après l’appel par certains barebackeurs à transformer une soirée cuir en événement bareback.

JPEG - 13.4 koL’ouvrage revient sur l’histoire de la prévention aux Pays-Bas et pose notamment les questions suivantes. Comment la politique de prévention s’est construite dès le premier cas de sida et comment les gays ont construit leur mouvement de lutte contre le sida ? Quels conseils ont-ils donné et quelles stratégies ont-ils mis en place afin de maintenir les pratiques sexuelles entre eux safe ? Qu’est-ce qui a fonctionné, qu’est-ce qui a échoué pendant ces années ? Et comment réagir aujourd’hui face à cette même communauté où les rapports sexuels non protégés sont encore fréquents ?

Selon Tim Dekkers, l’auteur du livre, il y a de quoi s’inquiéter. En nous livrant un historique de 1982 à nos jours [2005, oui, oui !], il prône une approche plus musclée quand on parle des rapports non protégés entre gays.

Le livre a suscité une grande agitation car s’y exprime l’inspecteur des maladies infectieuses, Jan van Wijngaarden, qui propose d’interdire les soirées bareback. Il y ajoute que les localités municipales devraient proscrire la publicité autour de ce type de soirée, tout en soulignant qu’il s’agit là de son opinion, et non celle de l’Institut de l’Inspection de la Santé auquel il appartient.

Selon le professeur Lode Wigersma qui a répondu à l’auteur du livre, une telle interdiction ne résoudra pas le problème des relations non protégées. Il faudra mieux revisiter les messages de prévention et de safe sex. « Ne dîtes pas simplement : non, tu ne dois pas faire ceci ou cela. Mais, un message pourrait être : non au bareback, mais fellation avec éjaculation oui ». [sic !]

Pour la Fondation « Aids », le fait de se concentrer sur les soirées bareback est futile vu le faible pourcentage des adeptes et une interdiction sur ce type de soirée purement symbolique. « Cependant, des meilleurs résultats en matière de prévention pourront être obtenus si nous nous focalisons sur la majorité de gays dans cette communauté » ajoute le porte-parole de la fondation, Wiebe van der Woede.

La prévention a actuellement du mal à trouver un nouveau élan aux Pays-Bas. Le 8 mars 2005, un débat, sur lequel nous reviendrons, a été organisé autour des questions évoquées dans le livre :

  • Interdire des soirées bareback : quel objectif ? Porter son attention pleinement aux barebackers, utile ou futile en matière de prévention ?
  • Doit-on réviser les messages autour du safe sex ? Peut-on dire aujourd’hui que baiser sans capote et sucer en avalant du sperme portent les mêmes risques ?
  • Inciter au dépistage oui, mais quelles ombres pour la prévention ? Quel effet quand un comportement à risque est « récompensé » par un résultat négatif ?