Le ministère de la santé et des services sociaux du Québec vient de rendre son Avis [positif] intérimaire sur la prophylaxie préexposition au virus de l’immunodéficience humaine (ci-joint), nommée PPrE de ce côté francophone de l’Atlantique.

Même si cette prophylaxie fondée sur un médicament et visant à protéger de l’infection VIH est déjà prescrite par certains médecins dans certaines cliniques québécoises, « le présent avis a pour but d’outiller les médecins québécois qui veulent prescrire la PPrE au VIH ou qui sont sollicités pour le faire. Cela peut être le cas lorsque des personnes non infectées mais pour qui le risque d’acquérir le VIH est élevé ne veulent ou ne peuvent pas toujours utiliser les stratégies préventives dont l’efficacité a été démontrée, comme l’utilisation du condom ».

L’avis indique que « la prophylaxie préexposition au VIH n’est pas généralement recommandée. Seuls, les médecins ayant une expertise dans l’utilisation des thérapies antirétrovirales devraient envisager, de manière exceptionnelle, l’utilisation de la PPrE chez des clientèles très à risque d’acquisition du VIH ».

Ainsi, « l’utilisation exceptionnelle de la PPrE pourrait être acceptable lorsque les patients appartiennent à des groupes dans lesquels s’observent des prévalences élevées du VIH et pour lesquels des études ont démontré certains bénéfices ». On comprend alors à quelle population l’avis destine la PPrE :

Pour les HARSAH [1] ayant des relations anales non protégées avec des partenaires VIH positifs ou dont le statut est inconnu ; [on est bien d’accord]

Et les couples sérodiscordants dont le partenaire VIH positif présente une charge virale détectable ». Ici, le ministère québécois reconnait implicitement l’efficacité et l’utilité du traitement comme prévention (TasP) dans un couple sérodifférent où le partenaire séropositif est traité. Pourtant aucun avis québécois officiel n’a été émis à propos du TasP depuis le Swiss Statement de 2007. En France, c’est le contraire : 3 rapports (CNS, Yéni, RDRs) en 6 ans. Seule convergence de nos deux pays, pas de campagne d’information d’envergure sur le TasP. On préfère cultiver le stigmate et la criminalisation du VIH. Maudit TasP.

En tout cas, l’avis PrEP québécois est accueilli favorablement par Warning : toute diversification efficace de la prévention est bonne à prendre. Cet avis est proche des recommandations du CDC américain, sauf pour ce qui a trait aux utilisateurs de drogue par injection (UDI). Car selon l’avis québécois, « à ce jour, il n’y a pas de données sur l’efficacité de la PPrE chez les utilisateurs de drogues par injection ». Les résultats de l’étude Thai [2] chez les UDI ont été publiés après la rédaction de l’avis québécois.

Warning attend donc avec impatience le même type de décision de la part de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) en France. [3]

 

[1Hommes ayant des relations sexuelles et affectives avec des hommes. On dit HSH en France : Hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes.

[2PrEP et Ipergay : éthique à 2 vitesses et nouvelles perspectives : http://www.thewarning.info/spip.php…

[3Pourquoi Warning soutient l’idée d’un accès à la PrEP via la RTU : http://www.thewarning.info/spip.php…