D’après Michael Carter, « Truvada PrEP does not arms the kidney, study shows »Aidsmap (18 février 2014) :

La toxicité rénale du Truvada est un argument qui revient constamment contre la PrEP. Selon une récente analyse, il est démontré qu’en version pré-exposition, elle ne mettrait pas la fonction rénale en danger : la modification de production de créatinine induite par l’usage de Truvada se résorbant légèrement mais significativement quatre semaines après le début du traitement. Certes ce changement persiste pendant toute la durée du traitement, mais la fonction rénale revient à la normale après son arrêt.

Les auteurs estiment que leurs résultats renforcent les recommandations pour la surveillance systématique de la production de créatinine chez les utilisateurs de PrEP. Le ténofovir est généralement un médicament sûr et bien toléré. Toutefois, lorsqu’il est utilisé par des personnes vivant avec le VIH, il a été associé à un dysfonctionnement rénal. La plupart du temps cela s’avère bénin et disparait en remplaçant la molécule par une autre. Mais certains cas plus graves ont été observés.

Les responsables de l’étude iPrEx voulaient voir si la PrEP contenant du ténofovir a également été associée à un risque de dysfonctionnement rénal chez les personnes séronégatives. Les participants inclus dans cette étude avec bras placebo ont effectué une série de tests à intervalles réguliers pour surveiller leur fonction rénale.

Il y avait une petite mais significative diminution de l’élimination de créatinine de base chez les personnes prenant Truvada par rapport aux groupe placebo (-2,4 vs -1,1 ml/min, p=0,02). Cette différence est apparue au bout de quatre semaines de traitement et a persisté jusqu’à la fin du traitement (p=0,02). À l’arrêt de traitement, l’élimination de créatinine est revenue aux même indices (-0,0 vs 0,0 ml/min). L’effet de Truvada avec des facteurs de risque connus de dysfonctionnement rénal incluant l’hypertension, la « race », l’âge et un indice de masse corporelle (IMC) plus élevé n’a pas influé sur la production de créatinine. Les résultats révèle une tendance non significative à une plus grande diminution des taux de phosphore sérique chez les participants prenant Truvada comparativement au placebo (semaine 4=-0,06 vs -0,01 mg/dl, p=0,06). La fréquence des élévations de la créatinine ne diffère pas entre le groupe usant Truvada et le groupe placebo (n=37 vs 25, p=0,28). L’analyse des résultats de bandelettes urinaires n’a montré aucune différence dans la proportion de personnes ayant une protéinurie (Truvada=21% vs placebo=20%) ou la glycosurie (3% pour les deux groupes). Après l’arrêt du traitement, deux participants du groupe placebo ont développé une tubulopathie proximale.

Cela dit, les investigateurs reconnaissent un certain nombre de limites à leur analyse. La durée moyenne du traitement était de 81 semaines, ce qui limite leur capacité à déterminer les effets à long terme du Truvada en PrEP. La faible observance du traitement en est une autre, les auteurs notant que « la stratification de l’analyse selon le niveau de Truvada détecté dans le bras actif indique une corrélation dose-réponse significative à certains moments ».

Cette étude renforce les arguments en faveur de la PrEP. Elle montre aussi la nécessité d’un suivi médical quant à un éventuel risque de dysfonctionnement rénal.

 

Référence :

Solomon MM et al. Changes in renal function associated with oral emtricitabine/tenofovir disoproxil fumarate use for HIV pre-exposure prophylaxis. AIDS 28, online edition.DOI:10.1097/QAD.0000000000000156, 2014.